Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase très commune dans le monde de la spiritualité : « Le monde est une illusion. » La première fois que je l’ai entendue, elle m’a intrigué, puis, face aux difficultés de la vie, elle m’a agacé, jusqu’à ce que je comprenne vraiment son sens profond. Derrière cette idée se cache une notion centrale de nombreuses traditions spirituelles : Maya (un terme sanskrit). Je vais vous expliquer simplement ce que cela signifie, avec des exemples concrets, pour que cette notion puisse faire sens et devenir utile dans votre vie quotidienne.
Maya : l’illusion n’est pas ce que vous croyez
Quand on parle d’illusion, on imagine souvent quelque chose de faux ou d’inexistant. Et c’est souvent le premier piège dans lequel on tombe en rencontrant cette notion. Mais Maya ne dit pas que le monde n’existe pas. Elle dit que ce que vous percevez n’est pas la réalité ultime.
Maya désigne le filtre à travers lequel vous percevez le monde : vos croyances, vos conditionnements, vos peurs, votre histoire personnelle. Le monde que vous voyez n’est donc jamais neutre. Il est toujours interprété. Ne serait-ce que par vos sens : vous ne voyez pas forcément une couleur de la même manière qu’une autre personne, ni n’entendez un son de la même manière non plus, car vous avez des sensibilités et des vécus associés à ces fréquences qui sont différents.
De même : deux personnes peuvent vivre la même situation et en tirer une expérience totalement différente. Ce n’est pas le monde qui change, c’est le regard posé dessus.
L’histoire de la corde et du serpent
Dans les traditions indiennes, on utilise souvent cette image. Vous marchez dans la pénombre et voyez un serpent sur le sol. Votre corps réagit immédiatement : peur, tension, accélération du coeur. Puis la lumière s’allume. Ce n’était qu’une corde.
Le serpent n’existait pas, mais la peur, elle, était bien réelle. Maya fonctionne ainsi. Vous réagissez à ce que vous croyez voir, pas à ce qui est réellement là.
Dans votre vie, combien de réactions émotionnelles sont déclenchées par des interprétations automatiques au niveau de votre subconscient ? Une parole, un regard…et tout une histoire peut naître.
Le mental : principal artisan de l’illusion
Le mental adore donner du sens. Il met dans des cases, compare, anticipe, juge. C’est utile pour fonctionner, mais problématique quand on le confond avec le réel.
Par exemple, vous pensez : « Je ne suis pas assez ceci » ou « La vie devrait être comme cela ». Ces pensées semblent vraies parce qu’elles sont répétées. Pourtant, ce sont des constructions mentales, pas des faits. Avant d’être « comme ci » ou « comme ça », par interprétation du mental, le monde « est », tout simplement.
Maya (la nature illusoire du monde) agit lorsque vous prenez vos pensées pour la réalité. Je le vois souvent : la souffrance ne vient pas des événements, mais du récit intérieur que l’on entretient à leur sujet. Certaines personnes vivent des choses qui pourraient être considérées comme très difficiles avec le sourire, alors que d’autres se lamentent de « peu ».
Le corps comme ancrage dans le réel
Si Maya est une illusion mentale, alors le réel se trouve ailleurs. Et souvent, il se trouve dans le corps.
Le corps ne ment pas, car il ressent ce qui est ici et maintenant. Lorsque vous revenez à vos sensations physiques, à votre respiration, à vos appuis, vous sortez momentanément de l’illusion mentale.
C’est pour cela que les pratiques corporelles, la respiration, la nature ou le mouvement sont si puissantes. Elles vous ramènent dans une expérience directe, sans interprétation.
Réel et illusion : une différence essentielle
Le réel, c’est ce qui est, avant vos commentaires intérieurs. L’illusion, c’est l’histoire que vous racontez sur ce qui est.
Cela ne signifie pas qu’il faut rejeter le monde ou nier vos émotions. Au contraire. Il s’agit de voir plus clair. De reconnaître ce qui relève d’une perception conditionnée et ce qui relève d’une expérience directe.
Quand vous comprenez cela, quelque chose en vous se détend. Vous prenez moins vos pensées au sérieux. Vous respirez plus profondément. Vous retrouvez une forme de liberté intérieure et de calme persistant. Mais pour cela, il faut non seulement le comprendre, mais aussi l’appliquer pour le vivre. Et cela commence par l’observation de ses pensées et de ses jugements intérieurs. La méditation est un excellent outil pour ça !
Pourquoi comprendre Maya aide à prendre soin de soi
Comprendre Maya, nous permet d’arrêter de nous battre contre des illusions internes. Moins de lutte mentale, amène à moins de tension dans le corps, à moins de stress chronique, à plus de présence et de discernement dans vos choix.
Je ne vous invite pas à croire que le monde est une illusion, mais à l’observer. À voir comment votre perception colore votre expérience. C’est souvent là que commence un vrai chemin de soin et de lucidité. Méditez !
Comment transcender la norme et l’illusion ?
Si Maya est l’illusion produite par le conditionnement, alors la norme en est l’une de ses expressions les plus puissantes. La norme définit ce qui est jugé possible, acceptable ou « réel ». Tout ce qui sort de ce cadre est rapidement étiqueté comme irréaliste, irrationnel ou impossible.
Pourtant, de nombreuses traditions parlent de Siddhis, des capacités dites sur-naturelles. Le terme signifie littéralement « accomplissements ». Il peut s’agir d’une perception accrue, d’une intuition extrêmement fine, d’une capacité de guérison, d’une influence sur le corps, l’énergie ou même la matière. En voici quelques-uns : passer à travers des objets, se téléporter, déplacer des objets par la pensée (télékinésie), communiquer par la pensée (télépathie), léviter, générer une guérison, etc.
Le point essentiel est celui-ci : ces capacités ne sont pas surnaturelles, elles sont « hors norme ». Elles deviennent impossibles uniquement parce que la norme les exclut.
Maya agit de manière subtile. Elle ne vous dit pas seulement ce que vous voyez, elle vous dit aussi ce que vous croyez possible. Lorsque vous acceptez sans questionner les limites imposées par la culture, l’éducation ou la science dominante, vous vivez à l’intérieur de cette illusion collective.
Je le rappelle souvent : ce n’est pas parce qu’une chose est rare ou étrange qu’elle est irréelle. C’est souvent parce qu’elle sort du champ de perception habituel, souvent imposé par la doxa dominante.
Les traditions spirituelles mettent cependant en garde. Les Siddhis ne sont pas un objectif à atteindre, mais apparaissent comme des effets secondaires lorsque l’identification à l’ego et aux conditionnements diminue. Plus vous sortez de Maya, plus votre perception s’affine, plus certaines capacités deviennent accessibles naturellement.
Attention, dans le cas de la recherche absolue des Siddhis pour l’aspect égotique, le danger serait de créer une nouvelle illusion : celle de la toute-puissance. Là encore, Maya change simplement de visage.
Transcender la norme et l’illusion ne consiste donc pas à chercher des pouvoirs, mais à dissoudre les filtres. À observer ce que vous tenez pour vrai. À questionner les limites que vous n’avez jamais réellement vérifiées par l’expérience directe.
Quand le voile de Maya s’allège, le champ du possible s’élargit. Et ce n’est pas parce que le monde change, mais parce que votre regard devient plus libre !