Pourquoi la guérison est souvent inconfortable au début
Quand on parle de guérison, on imagine souvent une amélioration progressive : davantage d’énergie, moins de symptômes, un meilleur équilibre émotionnel et mental, un retour à la vie en quelque sorte. Pourtant, dans la réalité, les premières étapes d’un changement profond peuvent être inconfortables.
Cela peut sembler paradoxal. Pourquoi se sentir temporairement plus fragile alors que l’on cherche justement à aller mieux ?
En thérapie holistique, j’ai l’habitude de dire qu’on ne peut pas véritablement changer une situation sans modifier les paramètres qui l’ont engendrée. Autrement dit, il est difficile de retrouver durablement son équilibre en conservant exactement le même environnement, les mêmes habitudes ou le même fonctionnement intérieur qui ont contribué au déséquilibre.
La guérison implique donc souvent une réorganisation plus large de notre vie. Et cette réorganisation demande une période d’adaptation.
« Guérir » est différent de « faire disparaître un symptôme »
L’approche holistique considère l’être humain dans son ensemble. Un symptôme physique ne se développe jamais indépendamment du reste de notre vie. Le sommeil, l’alimentation, le niveau de stress, les relations, l’environnement professionnel, l’état émotionnel et la manière dont nous utilisons notre énergie participent tous au terrain général dans lequel notre santé évolue.
Cela signifie qu’une personne épuisée ne retrouvera pas nécessairement son équilibre uniquement grâce à un complément alimentaire si elle continue à mal dormir cinq heures par nuit. De la même manière, une personne très anxieuse peut travailler sur sa respiration ou son alimentation, mais rester en difficulté si son quotidien demeure en permanence associé à la pression ou au sentiment d’insécurité.
L’objectif consiste donc à comprendre ce qui, dans l’ensemble du système, mérite d’être ajusté. Et c’est là que la guérison peut devenir inconfortable, car certaines transformations demandent de changer bien davantage qu’une simple habitude de vie.
Le corps préfère souvent ce qu’il connaît à ce qui lui fait du bien
Nous avons tendance à associer le confort à ce qui est bénéfique. Pourtant, notre système nerveux recherche surtout ce qui lui est familier.
Si vous avez vécu longtemps dans l’urgence, ralentir peut dans un premier temps provoquer de l’agitation. Si vous avez toujours été disponible pour les autres, poser une limite peut déclencher de la culpabilité. Si vous associez votre valeur personnelle à votre productivité, prendre du repos peut devenir étonnamment difficile.
Ces réactions ne signifient pas nécessairement que le changement est mauvais. Elles montrent parfois simplement que votre organisme rencontre une façon de fonctionner qu’il ne connaît pas encore.
C’est un point important, car beaucoup de personnes abandonnent une transformation dès qu’elle devient inconfortable, en se disant qu’elles font fausse-route. Elles reviennent alors vers ce qui leur est familier, même lorsque ce fonctionnement ne leur convient plus.
Guérir peut donc demander d’apprendre progressivement qu’une nouvelle manière de vivre est possible.
Certaines guérisons obligent à revoir notre identité
Il existe aussi une dimension plus profonde du processus. Car nos habitudes sont souvent liées à la manière dont nous nous définissons.
Vous pouvez être devenu « celui qui tient toujours le coup », « celle qui prend soin de tout le monde » ou encore « la personne sur laquelle on peut toujours compter ». Et vous avez même pris l’habitude de dire : « Je suis comme ça, c’est ma nature. »
Même si ces rôles peuvent avoir eu leur utilité à une période de votre vie, ils peuvent également devenir épuisants lorsqu’ils ne laissent plus suffisamment de place à vos propres besoins. Le changement peut alors provoquer une sensation étrange : l’ancienne version de soi ne semble plus adaptée, tandis que la nouvelle n’est pas encore complètement installée. Et cette période intermédiaire peut donner l’impression de perdre ses repères.
Dans certaines traditions spirituelles, on considère justement ces passages comme des étapes de transformation. Quelque chose n’a pas forcément besoin d’être « réparé ». Il peut parfois être nécessaire de laisser une ancienne manière d’être se dissoudre afin qu’une autre puisse émerger, sans même forcément savoir vers quoi on se dirige. C’est l’inconnu…et ça peut être vraiment terrifiant !
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La guérison concerne aussi la circulation de votre énergie
Sur le plan énergétique, nous pouvons également observer où notre énergie se disperse ou stagne au quotidien.
Certaines relations nous laissent systématiquement épuisés. Certaines habitudes entretiennent une agitation constante ou, au contraire, une léthargie incapacitante. Certains environnements donnent l’impression que nous devons continuellement nous adapter, nous retenir ou nous couper d’une partie de nous-mêmes.
Dans une démarche holistique, il peut donc être utile de se demander non seulement : « Qu’est-ce qui me fait du bien ? », mais également : « Où est-ce que mon énergie se perd ou stagne ? »
Parfois, le travail de guérison consiste moins à ajouter de nouvelles pratiques qu’à arrêter ce qui nous épuise. Cela peut être une relation déséquilibrée, un rythme de vie trop exigeant ou simplement l’habitude de ne jamais écouter les signaux du corps.
Retirer certains facteurs peut provoquer de l’inconfort au départ, notamment lorsque nous nous étions habitués à fonctionner ainsi depuis longtemps. C’est le changement qui fait trembler nos fondations.
Créer un terrain dans lequel la santé peut revenir
La guérison ressemble davantage à une reconstruction progressive du terrain. Cela peut évidemment commencer par des choses très simples : dormir davantage, modifier son alimentation, retrouver du mouvement, passer plus de temps dans la nature ou apprendre à poser certaines limites. C’est sur cette base que travaille notamment la naturopathie.
Mais parfois, des changements plus profonds sont nécessaires concernant notre rapport au travail, nos relations ou notre manière de nous traiter nous-mêmes. Et c’est déjà beaucoup plus complexe, car beaucoup moins concret… C’est aussi pour cette raison que le processus peut sembler inconfortable au début. Vous ne cherchez pas seulement à faire disparaître un symptôme. Vous êtes parfois en train de modifier tout un équilibre qui s’était installé au fil des années. Et lorsqu’on change le terrain, l’ensemble du système doit apprendre à fonctionner différemment.
Pour moi, c’est là que se trouve l’essence d’une approche véritablement holistique : ne pas simplement demander au corps de tenir encore un peu plus longtemps, mais créer progressivement les conditions dans lesquelles il n’aura plus besoin de lutter. Retrouver la Voie du Milieu, celle de l’équilibre.
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